Harpagon / Hermione : deux monologues

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LECTURES ANALYTIQUES : MONOLOGUE D’HARPAGON – MONOLOGUE D’HERMIONE

 

Deux illustrations de la folie, dans le registre comique et dans le registre tragique.

 

Ces deux extraits appartiennent à la tradition du théâtre classique. L’Avare est une œuvre du genre comique écrite par Molière en 1668. Andromaque est une œuvre du genre tragique écrite par Racine en 1667.

 

Objectif de l’étude : il sera intéressant d’analyser les registres comiques et tragiques utilisés pour construire un personnage au bord de la folie.

 

 

ANALYSE DU MONOLOGUE D’HARPAGON

 

Harpagon est le héros de L’Avare. Il est précisément cet avare dont Molière veut faire la satire selon la formule consacrée depuis l’Antiquité : ridendo catigat mores (corriger les vices par le rire). Nous sommes vers la fin de la pièce, en pleine scène de crise : La Flèche, le valet du fils d’Harpagon a dérobé l’argent du père, enterré dans le jardin de la maison familiale. Harpagon s’en aperçoit et se livre à un monologue de haut comique. L’art de Molière est de ne pas rendre complètement ridicule son personnage : il pousse le plus loin possible le caractère excessif et monomaniaque (= le fait d’avoir une idée fixe) en faisant franchement rire les spectateurs, mais il ne franchit pas la ligne de la ligne de la caricature. Harpagon conserve toute sa complexité humaine et sa folie, d’abord comique, devient progressivement très inquiétante. Le spectateur rit autant qu’il frémit.

 

1.       Les types de comique présents :

 

a.       Le comique de mots

Le désordre d’Harpagon se traduit d’abord à travers un comique de mots.

-          Il exagère son discours : il parle de voleur et aussitôt après d’assassin et de meurtrier (ligne 1). Il se dit « perdu » et aussitôt après « assassiné ». Il mélange les actes de vol et de meurtre. Il brouille les frontières du délit. La perte de son argent est assimilée à la perte même de sa vie : « sans toi, il m’est impossible de vivre » dit-il ligne 11. Le spectateur ne peut que rire de tels excès de désespoir. Il ne croit pas à la réalité de la souffrance d’Harpagon tant elle est exagérée. C’est d’ailleurs la vertu du rire que d’empêcher toute sensibilité. Harpagon est comme un pantin qui s’agite et parle de façon désordonnée sur scène, il n’a pas vraiment de réalité sensible pour le spectateur.

-          Il dévie le sens des mots : personnification. C’est ainsi que les sentiments qu’exprime Harpagon face à la perte de son argent perdent leur portée pathétique. Il s’adresse à son argent comme à une personne, et même comme à un ami très cher. C’est une perte humaine qu’il déplore. C’est un chant de deuil qu’il exprime entre les lignes 8 et 11. Tout est construit ainsi : du « hélas » inaugural aux gradations croissantes exprimant une souffrance intense, de l’ami perdu à la solitude existentielle (« je n’ai plus que faire au monde »). Mais rien n’est crédible car c’est d’argent qu’il s’agit ! Il y a déviation du discours par rapport au sujet.

-          Le rythme de sa parole est très vif : nombreuses accumulations. Le monologue d’Harpagon est d’une grande vivacité : ses mots s’enchaînent à une grande vitesse. En témoignent les nombreuses accumulations, dès les premières lignes. Tout est concerné par le procédé de l’accumulation : les désignations du voleur, les questions qu’Harpagon se pose pour trouver le voleur, les accusés qu’il vise au sein de sa maison, de nouveau les questions relatives à son état d’esprit extrêmement soupçonneux, et enfin pêle-mêle tout ce qui a trait à la justice. Les effets comiques sont nombreux car Harpagon fait figure d’un homme ridicule, qui ne prend pas le temps de la réflexion et de l’action. Il  s’active dans tous les sens et n’aboutit à aucune décision, ni projet raisonnables.

-          Les effets de ruptures sont fréquents. Dans la continuité du désordre verbal d’Harpagon, nous observons des ruptures dans les tons et dans ses discours. Il mêle à un discours polémique (accusations) des discours beaucoup plus lyriques : aveu de son trouble et de son désespoir. Il parle à la fois pour agir (recherche du coupable et punition de ce coupable) et pour déplorer. Il oscille entre ces deux manières de prendre la parole et cela empêche le spectateur d’être complètement effrayé par ses projets ou complètement touché par ses lamentations.

Au milieu de son monologue, il mêle ces deux attitudes : après avoir fait un discours très lyrique sur la perte de son argent-ami, il déclare : « je n’en puis plus, le me meurs, je suis mort, je suis enterré ». Cette gradation croissante est déjà une oscillation entre la mélancolie liée à la perte d’un être très cher et la mise en action d’une émotion : « je suis enterré ». Pour souligner ce trait, Molière crée alors un effet de contraste comique avec, aussitôt, la mise en scène d’un Harpagon qui songe à sa résurrection. Le jeu de scène l’emporte alors sur la sensibilité du discours. Harpagon ne touche ainsi pas le spectateur tant il est désordonné dans sa manière de s’exprimer.

 

b.      Le comique de geste

-          Le désordre d’Harpagon se traduit également par des mouvements désordonnés associés à ses paroles : nombreuses questions qui sous-entendent les mouvements d’Harpagon.

-          Harpagon casse la séparation entre la scène et la salle. Adresses directes aux spectateurs comme s’ils faisaient partie de la scène. A deux reprises : ligne 14, « Euh ! que dites-vous ? » ; ligne 19, « Que de gens assemblés ! ». Harpagon a perdu jusqu’au sens même de l’illusion théâtrale et s’affirme comme personne réelle à des spectateurs qui maintiennent la distance puisqu’ils en rient : « ils me regardent tous et se mettent à rire » (ligne 24).

 

Transition : Harpagon s’enferme de plus en plus dans son agitation. L’abondance de sa parole coupe court à toute communication. Ses mouvements désordonnés empêchent également de fixer une attitude raisonnable que nous pourrions partager avec lui. Il n’obtient que le rire des spectateurs qui se moquent de sa douleur excessive. A la fin, il est seul. Pire, il devient paranoïaque en pensant que tout le monde conspire contre lui. La folie du personnage devient alors de plus en plus importante : de franchement comique, Harpagon devient inquiétant et même menaçant.

 

 

2.       La folie d’Harpagon :

 

a.       Une perte d’identité personnelle

-          Monologue caractérisé par l’absence de concentration du personnage sur lui-même. En général un monologue est un moment artificiel dans le texte théâtral donné pour pénétrer les pensées intérieures d’un personnage en proie à des interrogations ou un mal être. Molière joue ici d’une tradition qui relève plus de la tragédie que du comique. Il y a en effet un sérieux qui manque à ce monologue. Molière parodie le style du monologue tragique. Harpagon ne réfléchit pas : il s’agite dans tous les sens  et s’épuise avec un effet de rupture significatif au milieu du texte.  Au lieu de se concentrer lui-même, Harpagon demande de l’aide au public, recherche activement son voleur à force de questions soupçonneuses. Cette adresse au public rompt la convention du monologue qui veut que le personnage s’adresse uniquement à lui-même, sans aucun souci d’être écouté ni regardé.

-          L’argent est pour Harpagon sa seule source de vie. Il a transposé sa force vitale dans la seule accumulation et possession d’argent. Ayant perdu son argent, il s’est perdu lui-même : « j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie, tout est fini pour moi, je n’ai plus que faire au monde ». A ce moment-là du texte, le registre devient beaucoup plus pathétique, et même lyrique : expression de soi et de sa souffrance. C’est l’exagération, développée plus haut, qui conserve au texte sa valeur comique. La folie d’Harpagon est ici à son comble : ayant perdu le sens de sa vie, il a aussi perdu le sens des autres. Il ne voit plus les frontières entre lui et les autres : « je veux aller quérir la justice, faire donner la question (= la torture) à toute ma maison, à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi » (ligne 17) ; « je veux faire pendre tout le monde ; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après » (ligne 28).

-          Le signe le plus expressif de la perte d’identité se situe lorsqu’ Harpagon s’attrape le bras en croyant tenir son voleur. A ce moment il exprime clairement sa folie : « Rends-moi mon argent, coquin… [Il se prend lui-même le bras] Ah, c’est moi. Mon esprit est troublé, et j’ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais » (ligne 6)

 

b.      Une paranoïa menaçante

-          Les signes de la paranoïa : prendre tout le monde comme coupable et se sentir le centre de toutes les convoitises : « je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur »

-          Cette paranoïa devient menaçante dans la mesure où Harpagon est le maître dans sa maison et veut faire appel à la justice pour trouver son argent. Fût-ce au prix de la torture et de la peine de mort : « faire donner la question à toute ma maison », « je veux faire pendre tout le monde ».

 

c.       La présence appuyée de la mort

-          A la fin du monologue, Harpagon, ayant perdu lui-même le goût de vivre, imagine faire pendre tout le monde : c’est une véritable folie meurtrière qui s’empare de lui et cela resterait purement comique si le texte ne faisait pas une large place au lexique de la mort du début à la fin : « assassin », « meurtrier », « je suis assassiné », « on m’a coupé la gorge », « il m’est impossible de vivre », « je me meurs, je suis mort, je suis enterré », « je me pendrai moi-même ».

-          D’emblée, après la répétition « Au voleur ! », Harpagon parle d’assassinat et de meurtre. Il associe ensuite le vol de son argent à la perte de sa propre vie : ses pulsions suicidaires sont alors visibles : il n’a plus goût à la vie en disant « sans toi, il m’est impossible de vivre », il évoque à deux reprises sa mort : « je suis mort » et « je me pendrai moi-même après ».

-          Par effet d’amplification il dépasse son propre ressenti de désespoir et englobe toute sa maison puis tout le monde, de façon indéterminée, dans cette pulsion suicidaire : « je veux faire pendre tout le monde ». Sa déraison, sa folie est au comble : Harpagon devient très inquiétant car, maître chez lui, personne ne peut vraiment l’arrêter. Le seul comique permet de contenir cette menace qu’il représente en l’exagérant le plus possible par les effets d’accumulation que nous avons vus précédemment.

 

 

Conclusion : En conclusion nous observons la profonde ambivalence de ce texte. Entre le ridicule de la réaction disproportionnée d’Harpagon et la menace de mort qu’il représente, le public est partagé entre rire et crainte. Harpagon ne cesse cependant d’être comique, même au plus fort de sa folie et cela grâce à l’expression toujours appuyée de sa démesure et de ses excès (surtout langagiers). C’est ainsi que Molière parvient à intégrer, avec un sens certain de l’équilibre, une ambiguïté dans son personnage qui ouvre une réflexion pour le spectateur sur les risques réels de la monomanie (= le fait d’avoir une idée fixe), tout en conservant la légèreté du rire. Cet équilibre entre sérieux et fantaisie permet de faire de la réflexion morale une prise de conscience déstabilisante (menaces de mort proférées par Harpagon) qui trouvera son apaisement dans la fin de la pièce où Harpagon est contraint de revenir à de plus justes sentiments. La menace qu’il représente n’est ainsi pas réduite, seulement contrebalancée par le comique. Molière fait montre de son génie comique qui donne toujours de la profondeur humaine à ses satires sociales.

 

 

ANALYSE DU MONOLOGUE D’HERMIONE

 

Points communs avec le monologue d’Harpagon :

-          Un personnage soumis à un désordre intérieur intense qui se traduit par l’omniprésence du questionnement.

-          Un  personnage qui sombre dans la folie du fait d’une pensée obsessionnelle : perte de l’argent pour Harpagon, amour non partagé pour Hermione.

 

Différences :

Elles apparaissent très vite :

-          Une comédie / une tragédie. Le monologue tragique d’Hermione a une puissance émotionnelle que n’a pas celui d’Harpagon. Le rire est d’emblée absent et la crainte l’emporte franchement.

-          Un personnage désorganisé qui menace sans prendre les moyens d’une action efficace, une jeune femme déterminée qui programme la mort de celui qu’elle aime en se servant de celui qui l’aime, et qui affirme sa volonté avec force.

 

 

Hermione est un personnage secondaire dans la tragédie Andromaque. C’est pourtant elle qui va entraîner la tragédie par sa jalousie mortelle. En effet, elle est promise à Pyrrhus (mariage politique) et l’aime (sentiments personnels) sans que lui se préoccupe d’elle. Elle est orgueilleuse et ne supporte pas le mépris dans lequel la tient Pyrrhus. Oreste, qui aime Hermione passionnément, est présent pour faire pression sur Pyrrhus afin qu’il tue Astyanax, le fils de l’ennemi des Grecs et qui pourrait prétendre à une vengeance et faire recommencer la guerre de Troie. Hermione décide de se servir de l’amour d’Oreste pour se venger de Pyrrhus : elle commande à Oreste le meurtre de Pyrrhus.

Dans ce monologue :

-          Hermione laisse libre-cours à tous ses ressentiments,

-          elle partage son déchirement entre amour et jalousie,

-          elle exprime le tourment qui l’a menée à commander le meurtre de Pyrrhus.

La portée émotionnelle est très forte.

 

  1. Les méandres psychologiques du dépit amoureux

 

  1. Un monologue centré sur l’approfondissement des motifs intérieurs

-          Caractère essentiellement lyrique de ce monologue : omniprésence du « je » (à tous les vers). Hermione approfondit ce qu’elle ressent par rapport au mépris affiché de Pyrrhus : champ lexical des émotions (transport, chagrin, aime, hais, soupirs, alarmes, larmes, courroux,).

-          Elle analyse la situation : la manière dont Pyrrhus s’est comporté. Nombreux vers qui en témoignent : « Le cruel ! de quel œil il m’a congédiée ! / Sans pitié, sans douleur au moins étudiée ! », « Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes », « Le perfide triomphe et se rit de ma rage »

 

  1. L’expression d’un déchirement

-          Hermione aime et hait en même temps : « Ah ! ne puis-je savoir si j’aime ou si je hais ». Les effets d’antithèse sont nombreux : aime/hais, muet/soupirs, tranquille/alarmes, venger/grâce

-          Elle est « errante et sans dessein » comme en témoignent les nombreuses interrogations : cinq dans les seuls deux premiers vers. L’effet d’enchaînement montre bien combien Hermione est perdue dans ses sentiments et a du mal à décider de l’attitude à adopter. Elle vient de commander à Oreste le meurtre de Pyrrhus et elle se sent profondément mal à l’aise. Elle a perdu ses repères car elle vient de déterminer la mort de celui qui lui est le plus cher. Son désordre affectif est à son comble. Il touche même son état physique : « Où suis-je ? », « Quel transports me saisit, quel chagrin me dévore ? ». Elle a perdu ses certitudes et certainement une partie de son identité : « Errante et sans dessein je cours dans ce palais ».

-          Une certaine folie la guette. Cette folie se manifeste dans les premiers vers qui montrent Hermione perdue et sans capacité à réfléchir en conscience et avec sérénité. Elle se confirme à la fin où Hermione ne dit plus « je » mais se désigne à la troisième personne : « Sa mort sera l’effet de l’amour d’Hermione ? ». Cette troisième personne est significative car elle met à distance, elle supprime le lien de communication je/tu. Hermione sort ainsi de son statut de sujet. Elle ne trouve plus sa place dans le monde. La mort de Pyrrhus empêche Hermione d’être elle-même, elle l’oblige à un acte de vengeance qui se retourne contre elle-même tout en atteignant effectivement Pyrrhus. La fin de la pièce confirme ces hypothèses car Hermione se suicidera sur le corps de Pyrrhus. Oreste, lui, sombrera dans la folie.

 

  1. Orgueil et violence

 

  1. Omniprésence des mises en accusation

-          Ce monologue d’Hermione est certes l’expression d’une souffrance intense, d’un désordre intérieur, mais il est également le lieu d’une prise de décision. Hermione a déjà commandé le meurtre de Pyrrhus, mais, dans ce monologue, elle prend conscience de ce que cette action entraîne et elle s’affirme dans sa volonté de tuer celui qui la rejette, et la tue ainsi symboliquement.

-          Elle s’attache à rejeter les fautes sur Pyrrhus en l’accusant : elle construit son discours comme un réquisitoire des fautes de Pyrrhus. En effet la deuxième personne la plus employée dans ce monologue est le « il » désignant Pyrrhus et permettant à Hermione de rendre compte de ses actes : « De quel œil il m’a congédiée ! », « L’ai-je vu se troubler et me plaindre un moment ? », « Semblait-il seulement qu’il eût part à mes larmes ? », « Le perfide triomphe et se rit de ma rage ».

-          D’ailleurs elle ne le nomme jamais directement par son nom : elle dit « le cruel », « le perfide » (deux fois), « l’ingrat ». Elle le juge ainsi constamment. Elle reste centrée sur ses propres ressentis.

 

  1. Violence affirmée d’Hermione

-          Les marques d’un discours véhément sont très visibles : Hermione emploie deux fois le subjonctif d’ordre : « Qu’il périsse », « Qu’il meure », elle emploie des interjections marquant un ton déterminé : « Non », « Non, non, encore un coup ». La plus grande partie de ses phrases, quand elles ne sont pas sur le mode de l’interrogation, sont exclamatives. Cela marque L’exaltation d’Hermione et l’indignation, la colère qui l’emportent.

-          Ce qui fait le plus souffrir Hermione est de ne pas avoir le sentiment d’exister aux yeux de Pyrrhus. Elle est donc touchée dans son orgueil. Tout ce qu’elle reproche à Pyrrhus concerne en effet son manque d’attention, fût-il feint : « Le cruel ! de quel œil il m’a congédiée ! / Sans pitié, sans douleur au moins étudiée ! ». Elle est personnellement et profondément amoureuse de Pyrrhus et son amour reste sans échos, sa douleur de ne pas être aimée n’est même pas reconnue.

-          Son monologue portera ainsi les marques d’une auto-accusation : Hermione lutte contre ses sentiments et se refuse le droit à la pitié quand Pyrrhus ne se force même pas à une semblant de pitié envers elle : « Et je le plains encore ! Et pour comble d’ennui, / Mon cœur, mon lâche cœur s’intéresse pour lui ! ». Il est important de noter la répétition de « cœur » accompagné, à la deuxième occurrence, de l’adjectif « lâche » qui exprime explicitement cette auto-condamnation que représente la mort de Pyrrhus pour Hermione. Elle cède moins à sa jalousie qu’à son orgueil bafoué. D’ailleurs elle répète deux fois qu’elle le voit « triomphant », sous-entendant qu’elle est, quant à elle, empêchée de triompher : c'est-à-dire de pouvoir renoncer dignement à l’amour de Pyrrhus.

-          Cette auto-accusation mène Hermione, à la fin du monologue, à considérer que c’est Pyrrhus lui-même qui s’est condamné. Elle se dédouane ainsi de toute responsabilité : « Qu’il meure, puisqu’enfin il a dû le prévoir, / Et puisqu’il m’a forcée enfin à la vouloir. ». La répétition de « enfin » montre qu’Hermione se dit agir sous la contrainte de Pyrrhus. Qu’au fond elle ne cautionne pas sa décision de le faire mourir. D’ailleurs c’est le verbe « vouloir » qui la renvoyant à sa responsabilité la replonge dans son déchirement et lui met clairement sous les yeux qu’elle provoque la perte de celui qu’elle aime : « A le vouloir ? Eh quoi ? c’est donc moi qui l’ordonne ? ». Ce vers est manifeste par sa désorganisation de la désorganisation mentale d’Hermione.

 

 

Conclusion : en conclusion ce monologue, comme celui d’Harpagon, traduit la montée d’une folie. Le ton de la tragédie donne une profondeur humaine à Hermione, touche le spectateur autrement que par le rire dû au ridicule d’Harpagon. Le spectateur est saisi d’horreur face au déchirement d’Hermione et aux risques que court Pyrrhus. Cependant ce sont les mêmes excès, les mêmes débordements de l’esprit et des émotions qui se signalent dans chacun des deux personnages. La différence se noue uniquement autour des registres employés. Ceux-ci, selon le choix des auteurs, donneront du crédit ou refuseront toute crédibilité aux personnages mis en scène.

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Commenter cet article

cdflscej.over-blog.com 13/03/2011 22:01


Non. Il y a peu de chance que l'on vous demande de travailler sur deux textes. En revanche on attendra quelques mots qui mettent les textes en échos. Mettez ces mots en fin de fiche, par exemple
(pour les garder en mémoure). L'idée est de dire qu'Harpagon touche à un pathétique et une folie qui ressemble à celle d'Hermione sur le principe de l'excès. Après les traitements littéraires
(comique et tragique) éloignent considérablement ces deux textes.


Mathilde S. 13/03/2011 19:38


Faudra-t-il mettre ces deux monologues en parallèle avec différences et points communs comme vous le faites au début de celui d'Hermione à la question d'oral?


cdflscej.over-blog.com 12/03/2011 17:31


oui, aussi. Ainsi que ceux extraits de Ruy Blas. Acte 1 scène 1. Acte 2 scène 2. On verra pour le dernier. Lisez aussi les documents complémentaires. Dites-vous qu'en cours vous prenez ce que je
dis à l'oral... sur ces trois semaines, vous prenez ce que je dis à l'écrit. Bon travail ! Je vous encourage.


Paul 12/03/2011 14:05


Faut-il aussi les réviser pour l'oral blanc?


cdflscej.over-blog.com 09/03/2011 17:18


oui ces deux textes sont à connaitre pour l'oral